Le continent a connu plus de transformations au cours des dix dernières années qu’il n’en a connu au cours des quarante premières années

L’Afrique a longtemps était vue comme un « grand corps malade », livré au bon soin des ONG occidentales alors même que, dans le même temps, des multinationales sans scrupules ne se gênaient pas pour piller le continent de ses ressources naturelles. L’Afrique ne se considère plus comme un problème mais comme une solution à la crise mondiale.Mais cette vision est historiquement datée.Richard Attias, l’ancien grand ordonnateur du Forum de Davos, qui aime à rappeler ses origines africaines, ne s’y est pas trompé en organisant du 8 au 10 juin à Libreville au Gabon, le New York Forum Africa, un sommet panafricain réunissant responsables politiques, chefs d’entreprises, investisseurs, experts et représentants de la société civile. Le continent a connu plus de transformations au cours des dix dernières années qu’il n’en a connu au cours des quarante premières années qui ont suivi les indépendances.Qu’ils soient fondés sur des initiatives publiques ou privées, ces forums qui se multiplient attirent l’attention du monde sur une région en pleine transformation, et montrent à ceux qui en doutaient que l’Afrique s’est bien éveillée !En outre, la pénétration stupéfiante des nouvelles technologies telles que la téléphonie mobile permet de compenser certains handicaps du continent (dispersion des populations) et de combler le fossé numérique avec le reste du monde.Beaucoup a été dit sur le caractère néo-impérial ou néocolonial de ces nouvelles relations sino-africaines : échange de matières premières africaines contre des produits manufacturés chinois “lowcost”, assorti de la livraison d’infrastructures « clés en main » (autoroutes, ports, hôpitaux, etc.), construites par des sociétés chinoises avec une main d”oeuvre chinoise.En outre, ce serait une erreur d’attribuer la dynamique nouvelle du continent africain uniquement à la Chine et à son appétit de matières premières.  L’Afrique du Sud post-apartheid a joué un rôle moteur dans cette prise de conscience que « l’Afrique appartenait aux Africains ».L’UA s’est affirmée comme une enceinte de discussion et de résolution des problèmes sécuritaires régionaux, mais aussi d’élaboration d’une position africaine commune sur les grands enjeux mondiaux. Ainsi, Addis Abeba, moins bien dotée en ressources naturelles que ses rivales, a réussi à entretenir une croissance à la chinoise au cours des dix dernières années, ce qui s’est traduit par un triplement du PIB et une amélioration sensible des indicateurs éducatifs et sanitaires.Mais on constate aussi des améliorations : le nombre de séropositifs bénéficiant de trithérapies a fortement augmenté, les situations de conflits ouverts sont circonscrites à certaines zones (Corne de l’Afrique, delta du Niger, Sahel), et on observe une consolidation de la démocratie dans des pays comme le Sénégal, le Ghana et la Côte d’Ivoire, ainsi qu’une diffusion de bonnes pratiques en matière de gouvernance économique au Gabon, au Kenya ou en Tanzanie. Dans ce contexte, les signes d’intérêt pour le continent se multiplient. Et pas seulement de la part des Chinois.

Victor Sossou

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