Les pays membres de l’UEOMA partagent une monnaie commune, mais commercent peu entre eux…

Faible bancarisation« En Afrique de l’Est, les gens sont beaucoup plus ouverts à la compétition qu’en Afrique de l’Ouest », témoigne le président de Bank of Africa, Paul Derreumaux, dont la banque est présente dans onze pays africains. Le directeur, sur le départ, de l’Agence française de développement (AFD) reconnaît toutefois que « l’Afrique de l’Ouest aurait intérêt à évoluer vers un régime de change permettant de prendre en compte l’évolution de l’euro, mais aussi du dollar et du yuan. Les pays membres de la communauté de l’Afrique de l’Est (Kenya, Tanzanie, Ouganda, Burundi, Rwanda) croissent près de deux fois plus vite (5,4 % l’an en moyenne sur la décennie) que les pays membres de l’Union économique et monétaire d’Afrique de l’Ouest (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo), dont la croissance moyenne est de 3,4 % seulement.Malgré ou à cause de l’existence d’une zone monétaire unique (le franc CFA), l’Afrique de l’Ouest est aujourd’hui en queue de peloton. Les pays membres de l’UEOMA partagent une monnaie commune, mais commercent peu entre eux, l’essentiel des échanges se faisant avec le reste du monde. Le Sénégal a connu une croissance proche de 4 % par an au cours de la décennie écoulée, mais cette moyenne masque un ralentissement sensible depuis le milieu de la décennie. Sur le front économique, les performances du Sénégal et de l’Afrique francophone sont, en revanche, moins flatteuses en comparaison de l’Afrique de l’Est ou de l’Afrique australe. Paul Derreumaux se veut néanmoins optimiste. Le très faible niveau de bancarisation (la République démocratique du Congo, où il vient d’ouvrir une filiale, compte à peine 400.000 comptes bancaires pour 60 millions d’habitants), signifie des marges de croissance phénoménales.Le Sénégal fête, le 4 avril, le cinquantenaire de son indépendance. Le temps des bilans pour Dakar (dont l’indépendance remonte en fait au 20 août 1960).L’environnement des affaires semble également plus favorable en Afrique de l’Est si l’on en croit le classement Doing Business, un classement réalisé chaque année par la Banque mondiale. Ses trois présidents (Senghor, Diouf et aujourd’hui Wade) ont réussi à préserver la stabilité, la paix et la démocratie. Les pays anglophones figurent en tête année après année, tandis que les pays francophones sont globalement relégués en queue de peloton.Un résultat appréciable sur un continent dont l’histoire des cinquante dernières années est semée de guerres civiles et de coups d’État. Deux fois plus vite Les deux mandats d’Abdoulaye Wade, élu pour la première fois en 2000, ont été marqués par un ralentissement continu de la croissance économique.Dans ce contexte, la force de l’euro (auquel est rattaché le franc CFA) a pesé sur la compétitivité des économies d’Afrique de l’Ouest. Pour Jean-Michel Severino, « l’Afrique de l’Ouest est plombée par la crise ivoirienne.Sans le moteur de la Côte d’Ivoire, c’est toute la sous-région qui est affectée ».  Les économies ouest-africaines y gagneraient, mais c’est une décision qui doit revenir aux dirigeants africains ». « Les pesanteurs démocratiques sont également moins importantes », poursuit le banquier.De l’autre côté du continent, le Kenya anglophone ? qui acquit son indépendance le 12 décembre 1963 – a connu le parcours inverse : croissance molle au début de la décennie et accélération ensuite. Un écart inquiétant se creuse entre l’Afrique de l’Ouest francophone et l’Afrique de l’Est essentiellement anglophone.

Victor Sossou

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